Helen Slater en Supergirl, cape rouge au vent, dans le film Supergirl de 1984 produit par les Salkind

Supergirl (1984) : le film de Helen Slater, premier échec culte de l'ère Reeve

Film Supergirl Ère Reeve ⏱ 9 min de lecture

Supergirl, sorti en 1984, est le premier film jamais consacré à une super-héroïne, et l'un des échecs les plus retentissants de l'ère Salkind. Helen Slater, dix-neuf ans, y affronte une Faye Dunaway en sorcière, sous la direction de Jeannot Szwarc. Dans cet article, vous découvrirez : pourquoi les producteurs de Superman ont voulu ce film, comment Helen Slater a été choisie, l'histoire d'Argo City et de l'Omegahedron, le casting prestigieux, l'absence de Christopher Reeve, l'échec au box-office, les trois versions du montage et le statut culte que le film a fini par acquérir. À la fin, vous saurez ce que Supergirl 1984 vaut vraiment.

La genèse : les Salkind après Superman III

En 1983, les producteurs Alexander et Ilya Salkind sortent Superman III, dont les résultats déçoivent. Christopher Reeve hésite à revenir, et les producteurs, qui détiennent les droits du personnage et de sa famille, cherchent une façon de prolonger la franchise sans lui.

L'idée d'un film sur la cousine de Superman existait depuis Superman II. Supergirl est un personnage connu des lecteurs depuis 1959, sans jamais avoir été adaptée. Ilya Salkind y voit l'occasion de lancer une nouvelle série de films, et de toucher un public féminin que les aventures de Kal-El ignoraient.

La réalisation est confiée à Jeannot Szwarc, un réalisateur français installé à Hollywood, connu pour Les Dents de la mer 2 (1978) et Quelque part dans le temps (1980). Le tournage a lieu aux studios de Pinewood, en Angleterre, d'avril à août 1983, comme les films Superman.

Le budget est estimé à trente-cinq millions de dollars, une somme importante pour un film sans star et sans le nom de Superman dans le titre. Le pari est risqué, et les producteurs le savent.

Helen Slater : une inconnue de dix-neuf ans

Pour le rôle-titre, les producteurs cherchent une inconnue, comme ils l'avaient fait avec Christopher Reeve. Helen Slater, née en 1963 à New York, sort tout juste de la High School of Performing Arts quand elle décroche le rôle. Elle n'a jamais tourné pour le cinéma.

Sa préparation reprend celle de Reeve : plusieurs mois d'entraînement physique, des cours de vol sur câbles, et la découverte d'un costume inspiré de celui des comics, avec la jupe et la cape rouges. Elle a raconté avoir été impressionnée par la taille du plateau et par ses partenaires, tous plus célèbres qu'elle.

À l'écran, sa Kara est douce, curieuse, souvent émerveillée par la Terre. Ce ton, reproché à l'époque comme trop naïf, est aujourd'hui l'un des éléments les plus défendus du film : Slater joue une adolescente qui découvre un monde, pas une guerrière.

Notre article sur Kara Zor-El retrace toutes les versions du personnage ; celle de Helen Slater reste la première, et pour quarante ans la seule au cinéma.

L'histoire : Argo City, l'Omegahedron et Selena

Le film s'ouvre à Argo City, une cité kryptonienne qui a survécu à la destruction de la planète en se réfugiant dans une autre dimension. Notre dossier sur Argo City explique les origines de ce lieu dans les comics ; le film en fait une ville de lumière, alimentée par un artefact, l'Omegahedron.

Zaltar, un artiste de la cité joué par Peter O'Toole, emprunte l'Omegahedron pour montrer à Kara comment il crée. Un accident l'envoie dans l'espace, jusqu'à la Terre. Sans lui, Argo City mourra. Kara part le récupérer, et arrive sur Terre avec les pouvoirs que lui donne le soleil jaune.

L'artefact est tombé entre les mains de Selena, une sorcière ambitieuse jouée par Faye Dunaway, qui s'en sert pour gagner des pouvoirs magiques et rêve de dominer le monde. Kara adopte l'identité de Linda Lee, élève d'un pensionnat de Midvale, et affronte Selena, qui convoite le même jeune homme qu'elle, le jardinier Ethan.

Le dernier acte envoie Kara dans la Zone fantôme, où elle retrouve Zaltar, avant un affrontement final contre Selena et une créature d'ombre. C'est un film de conte plus que de super-héros, et c'est ce qui a dérouté le public de 1984.

Un casting prestigieux : Dunaway, O'Toole, Farrow

Autour de Helen Slater, les Salkind réunissent un casting de prestige, comme ils l'avaient fait avec Marlon Brando et Gene Hackman en 1978. Faye Dunaway, oscarisée pour Network, joue Selena en grande méchante théâtrale. Peter O'Toole, sept fois nommé aux Oscars, est Zaltar. Mia Farrow incarne Alura, la mère de Kara, et Simon Ward son père, Zor-El.

Peter Cook joue Nigel, le sorcier de pacotille qui conseille Selena, et Brenda Vaccaro sa complice Bianca. Hart Bochner est Ethan, le jardinier envoûté, et Maureen Teefy joue Lucy Lane, la petite sœur de Lois, camarade de chambre de Linda.

Un seul acteur fait le lien avec les films Superman : Marc McClure, qui reprend le rôle de Jimmy Olsen, petit ami de Lucy. Notre article sur Jimmy Olsen rappelle qu'il est le seul comédien à avoir joué dans les cinq films de l'ère Salkind et Cannon.

La musique est signée Jerry Goldsmith, compositeur d'Alien et de Star Trek. Sa partition est unanimement considérée comme l'une des meilleures choses du film, au point que la critique en a fait, parfois, la seule qualité.

Pourquoi Christopher Reeve n'apparaît pas

🎬 Le scénario prévoyait à l'origine une apparition de Christopher Reeve en Superman. L'acteur, alors en désaccord avec les Salkind après Superman III et occupé par d'autres projets, a décliné. Le film explique son absence par une mission dans une galaxie lointaine, évoquée à la radio.

Cette absence pèse lourd. Le public de 1984 attendait un lien avec la saga, et le film ne lui offre qu'un poster de Superman dans la chambre de Linda Lee et le personnage de Jimmy Olsen. La mention de Kara comme « cousine de Superman » reste abstraite.

Notre portrait de Christopher Reeve revient sur ses relations tendues avec les producteurs après le départ de Richard Donner, qui expliquent en partie ce refus.

Avec le recul, certains défenseurs du film y voient une qualité : Supergirl est le seul film de l'époque où une héroïne DC porte seule l'intrigue, sans que son cousin vienne la sauver. Il faudra attendre 2017 et Wonder Woman pour que le cinéma recommence.

L'échec au box-office et la critique

Le film sort au Royaume-Uni en juillet 1984 et aux États-Unis le 21 novembre 1984, distribué par Tri-Star après que Warner s'en est désengagée. Le résultat est sans appel : environ 14 millions de dollars de recettes américaines pour 35 millions de budget. Notre classement des recettes des films Superman montre l'ampleur de la chute par rapport aux films de Reeve.

La critique est majoritairement négative. On reproche au film sa lenteur, ses effets spéciaux inégaux, une intrigue de conte de fées mal accordée à l'univers Superman, et un ton hésitant entre le premier degré et la parodie. Faye Dunaway et Peter O'Toole sont nommés aux Razzie Awards, respectivement pire actrice et pire acteur.

Helen Slater, elle, est plutôt épargnée. Beaucoup de critiques notent que l'actrice fait ce qu'elle peut avec un scénario qui ne lui donne pas grand-chose, et sa fraîcheur est souvent citée comme le point positif du film.

Les Salkind renoncent à toute suite. Leur cycle Superman s'achève ; les droits passent à Cannon Films, qui produira Superman IV en 1987.

Trois versions pour un même film

Peu de films existent en autant de montages. La version internationale, sortie en Europe, dure environ 124 minutes. Pour les États-Unis, Tri-Star exige des coupes : la version américaine tombe à 105 minutes, supprimant notamment des scènes à Argo City et des passages avec Peter Cook.

En 2000, une édition DVD révèle le montage du réalisateur, long de 138 minutes, avec près d'une demi-heure de scènes supplémentaires. C'est la version que recommandent aujourd'hui les défenseurs du film : plus cohérente, plus proche du conte que Szwarc voulait raconter.

Cette histoire de montages explique en partie l'accueil de 1984. Le public américain a vu la version la plus courte, la moins claire, et a jugé le film sur elle.

Pour situer ces versions dans l'ensemble de la saga, notre liste des films Superman replace Supergirl entre Superman III et Superman IV.

Un statut culte et une postérité inattendue

Quarante ans plus tard, Supergirl a trouvé son public. Les projections en salle, les éditions Blu-ray et l'attachement d'une génération qui l'a découvert en vidéo ont fait du film un objet culte, apprécié pour ce qu'il est : un conte de fées avec une cape.

Helen Slater est devenue une figure de l'univers DC. Elle a joué Lara, la mère de Superman, dans Smallville, puis Eliza Danvers, la mère adoptive de Kara, dans la série Supergirl de 2015 à 2021, aux côtés de Melissa Benoist. La première Supergirl a ainsi élevé la deuxième.

Le film reste aussi une première historique : la première super-héroïne en tête d'affiche d'un long métrage de studio. Son échec a retardé de trente ans les suivantes, mais il a ouvert la voie.

Enfin, il a fallu attendre 2026 pour qu'un nouveau film Supergirl arrive en salle, avec Milly Alcock. Lui aussi a déçu au box-office. Kara Zor-El a décidément la vie dure au cinéma.

FAQ — Questions fréquentes

Qui joue Supergirl dans le film de 1984 ?

Helen Slater, alors âgée de dix-neuf ans et inconnue du grand public. Elle jouera plus tard Lara dans Smallville et Eliza Danvers dans la série Supergirl (2015-2021).

Christopher Reeve apparaît-il dans Supergirl ?

Non. Une apparition était prévue mais l'acteur a décliné. Le film explique l'absence de Superman par une mission dans une galaxie lointaine. Seul Marc McClure, en Jimmy Olsen, fait le lien avec la saga.

Qui est la méchante du film ?

Selena, une sorcière jouée par Faye Dunaway, qui s'empare de l'Omegahedron, l'artefact perdu par Argo City, pour acquérir des pouvoirs magiques.

Le film a-t-il été un succès ?

Non. Il a rapporté environ 14 millions de dollars aux États-Unis pour un budget de 35 millions, et a reçu des critiques majoritairement négatives. Faye Dunaway et Peter O'Toole ont été nommés aux Razzie Awards.

Combien de versions du film existent ?

Trois : la version internationale (environ 124 minutes), la version américaine raccourcie (105 minutes) et le montage du réalisateur (138 minutes), sorti en DVD en 2000.

Le film est-il lié aux Superman de Christopher Reeve ?

Oui, il se déroule dans le même univers, produit par les mêmes Salkind, avec Marc McClure en Jimmy Olsen et Lucy Lane, la sœur de Lois, comme personnage secondaire.

Conclusion

Supergirl (1984) est un film raté par son époque et réhabilité par la nôtre. Conte de fées maladroit, casting prestigieux gâché, montage charcuté : les raisons de son échec sont réelles. Mais il reste la première super-héroïne du cinéma, une Helen Slater sincère, une partition de Jerry Goldsmith, et une audace que peu de studios ont retrouvée depuis.

Le second film Supergirl, en 2026, adapte Supergirl : Woman of Tomorrow, le comics que nous analysons ; et notre portrait de Calista Flockhart revient sur la série où Helen Slater a joué Eliza Danvers.

Vu aujourd'hui dans son montage long, il vaut mieux que sa réputation. Et il rappelle que Kara Zor-El a attendu quarante-deux ans un second film, qui n'a pas connu un meilleur sort.

Pour prolonger, notre dossier sur ce qui distingue Supergirl de Superman éclaire le personnage, et notre article sur Superman III raconte le film qui a précédé celui-ci.

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