Jerry Siegel et Joe Shuster

Jerry Siegel et Joe Shuster : la véritable histoire des créateurs de Superman

Univers Superman
Histoire DC Comics Créateurs Superman Culture BD ⏱ 12 min de lecture

Jerry Siegel et Joe Shuster sont les deux adolescents de Cleveland qui ont créé Superman : Siegel au scénario, Shuster au dessin. Ils se rencontrent au lycée Glenville au tournant des années 1930, mettent cinq ans à imposer leur personnage, puis cèdent l'intégralité de leurs droits en mars 1938 pour 130 dollars — quelques semaines avant qu'Action Comics #1 n'arrive en kiosque, le 18 avril. Dans cet article, vous découvrirez : qui étaient vraiment Siegel et Shuster, comment Superman est passé d'un méchant télépathe de 1933 au héros que l'on connaît, pourquoi ce contrat de 130 dollars leur a coûté leur création, comment ils ont arraché en 1975 une pension et la mention « created by » qui figure encore aujourd'hui sur chaque film, et ce que leur biographie révèle du personnage. À la fin, vous saurez lire Superman pour ce qu'il est aussi : l'autoportrait de deux fils d'immigrés de la Grande Dépression.

L’essentiel

  • Les deux créateurs : Jerry Siegel (1914-1996), scénario — Joe Shuster (1914-1992), dessin
  • Rencontre : Lycée Glenville, Cleveland, vers 1930-1931
  • Première apparition : Action Comics #1, en kiosque le 18 avril 1938 (couverture datée juin 1938)
  • Prix de cession des droits : 130 dollars, contrat de mars 1938, soit environ 3 000 dollars d'aujourd'hui
  • Tirage d'Action Comics #1 : 200 000 exemplaires, épuisés ; une centaine subsisteraient
  • Reconnaissance obtenue : 1975 : 20 000 dollars de pension par an chacun et mention « created by » obligatoire

Cleveland, 1930 : deux adolescents et un rêve

L'histoire de Superman commence bien avant Action Comics #1 de juin 1938 — elle commence dans les rues de Cleveland, Ohio, au début des années 1930, dans un quartier modeste où deux adolescents forment une amitié qui va changer la culture populaire mondiale :

  • Jerome "Jerry" Siegel (1914-1996) : fils d'immigrants lituaniens, Jerry est un adolescent passionné d'écriture et de science-fiction. Le 2 juin 1932, son père Mitchell, qui tient une boutique de vêtements à Cleveland, s'effondre d'une crise cardiaque pendant un vol commis dans son magasin. Jerry a 17 ans. Il se réfugie dans l'écriture — notamment dans des histoires de personnages surpuissants et invulnérables
  • Joe Shuster (1914-1992) : né à Toronto de parents juifs immigrés — son père Julius venait de Rotterdam, sa mère Ida de Kiev —, Joe arrive à Cleveland avec sa famille en 1924. C'est un dessinateur acharné, dont les planches paraissent dans le journal de son lycée. Sa vision graphique est directe, énergique, au service de l'action
  • La rencontre : les deux amis se rencontrent au lycée Glenville de Cleveland vers 1930-1931. Leur passion commune pour la science-fiction et les pulp magazines les unit immédiatement
  • Le contexte : les années 1930, c'est la Grande Dépression. Les violences, le chômage, les inégalités — autant de raisons pour deux adolescents pauvres de rêver d'un sauveur surpuissant

Cette origine modeste est fondamentale pour comprendre Superman. Le personnage n'a pas été créé dans les bureaux d'un éditeur new-yorkais par des professionnels du marketing — il a été créé par deux adolescents de milieu ouvrier qui avaient besoin d'espoir. Pour découvrir comment cet espoir s'est concrétisé en un personnage mondialement reconnu, notre guide complet de l'histoire de Superman retrace toute l'évolution du personnage depuis ses origines.

Le fanzine qu'ils fabriquaient eux-mêmes

Avant Superman, il y a une petite revue tapée et dessinée à la main. Siegel écrit, Shuster illustre, et les deux lycéens publient leur propre magazine de science-fiction, Science Fiction: The Advance Guard of Future Civilization. Quelques dizaines de lecteurs, tout au plus.

La mécanique qui produira Superman est pourtant déjà en place : un scénariste qui invente vite et beaucoup, un dessinateur capable de donner forme à tout ce qu'on lui apporte, et un support à eux, gratuit, où essayer sans demander la permission à personne. C'est dans ce fanzine que le mot Superman apparaît pour la première fois sous leur plume.

La naissance de Superman : 1933 — la première version

Contrairement à ce que beaucoup pensent, Superman n'est pas né en 1938 — ses premières versions remontent à 1933 :

  • 1933 — Le Superman original : la toute première version de Superman créée par Siegel est radicalement différente. Il s'agit d'un méchant — « The Reign of the Super-Man » —, paru en 1933 dans le fanzine que les deux amis publiaient eux-mêmes, Science Fiction: The Advance Guard of Future Civilization. Ce premier Super-Man s'appelle Bill Dunn : un homme ordinaire à qui une drogue expérimentale donne des pouvoirs psychiques, et qui s'en sert pour asservir le monde. Siegel, 18 ans, signe le texte du pseudonyme Herbert S. Fine et l'écrit comme une critique du pouvoir absolu
  • L'évolution : du méchant au héros : après l'échec de ce premier texte, Siegel repense le concept. Inspiré par les héros des pulp magazines (Doc Savage, The Shadow, Zorro), il imagine un personnage qui utiliserait ses pouvoirs pour le bien — un champion du peuple face aux inégalités de la Dépression
  • La nuit de l'insomnie (été 1934) : la légende raconte que Jerry Siegel, lors d'une nuit d'insomnie, a imaginé en quelques heures l'essentiel de ce que Superman allait être : les pouvoirs, le costume, Lois Lane, Clark Kent et son identité secrète. Au matin, il court chez Joe Shuster pour lui raconter tout cela
  • Le développement 1934-1938 : pendant quatre ans, Siegel et Shuster tentent de vendre leur création aux éditeurs de comic strips et de pulps — en vain. Chaque refus est une déception, mais aussi une occasion d'affiner le personnage
📖 L'identité secrète Clark Kent est directement inspirée de la personnalité de Siegel lui-même — timide, effacé, amoureux secret d'une fille inatteignable. Lois Lane doit son apparence à Jolan Kovacs, une jeune Clevelandaise qui pose pour le personnage dès janvier 1935 sous le nom de Joanne Carter, et que Jerry Siegel épousera en novembre 1948.

Cette période de gestation de cinq ans explique la richesse du personnage à sa naissance : Superman en 1938 est déjà un concept mature, affiné par des années de refus et de perfectionnement. Pour explorer le symbole ultime que Siegel et Shuster ont créé, notre article sur l'histoire du logo Superman retrace l'évolution du S depuis les premières planches de Joe Shuster jusqu'à aujourd'hui.

Quatre ans de portes fermées

On raconte volontiers le coup de génie de la nuit d'insomnie. On raconte beaucoup moins ce qui suit : quatre années de refus. Siegel et Shuster ne visent pas le comic book, format encore marginal ; ils visent la bande quotidienne des journaux, le vrai marché de l'époque. Les syndicats de presse, eux, cherchent des gags familiaux et des feuilletons réalistes. Un homme qui soulève des voitures n'entre dans aucune de leurs cases.

Cette traversée du désert a eu un effet inattendu. En préparant des bandes quotidiennes, les deux amis ont appris à raconter Superman en quelques cases, avec une chute à la fin de chaque strip. Quand l'éditeur leur demandera de recoller ces bandes en treize pages, ce rythme haché deviendra, sans qu'ils l'aient voulu, la grammaire du comic book de super-héros.

Un détail dit à quel point tout se jouait dans un rayon de quelques rues : en janvier 1935, une jeune Clevelandaise, Jolan Kovacs, vient poser pour Joe Shuster. Elle servira de modèle à Lois Lane sous le nom de Joanne Carter, et épousera Jerry Siegel en novembre 1948, treize ans plus tard.

Action Comics #1 et le choc culturel de juin 1938

Action Comics #1, mis en vente le 18 avril 1938 sous une couverture datée de juin, change l'histoire de la bande dessinée américaine — et mondiale :

  • DC Comics et la dernière chance : après des années de refus, c'est finalement DC Comics (alors Detective Comics, Inc.) qui accepte Superman. Le chemin est presque accidentel : c'est Sheldon Mayer qui repère les planches refusées dans la pile des rebuts et les remet en avant. Vin Sullivan, l'éditeur du nouveau titre Action Comics, cherchait justement une tête d'affiche pour son premier numéro
  • La création en urgence : Sullivan leur propose un marché : s'ils parviennent à découper leurs bandes quotidiennes et à les recoller en treize pages de comic book, il les achète. Siegel et Shuster s'exécutent aussitôt. Le résultat est brut, haché, plein d'énergie
  • Le succès immédiat : la couverture — Superman soulevant une voiture au-dessus de sa tête — devient instantanément iconique. Les 200 000 exemplaires du tirage s'écoulent. Mais l'éditeur met plusieurs numéros à comprendre que c'est Superman, et lui seul, qui fait vendre. Le titre approchera ensuite le million d'exemplaires par mois
  • L'avènement du super-héros : Siegel et Shuster ne créent pas seulement un personnage — ils inventent un genre entier. Le "super-héros" en costume, avec un pouvoir extraordinaire au service de la justice, est une innovation de Siegel et Shuster. Batman, Captain America, Wonder Woman — tous les super-héros qui suivent sont les enfants de cette création

Action Comics #1 est aujourd'hui la bande dessinée la plus chère du monde : en janvier 2026, un exemplaire noté 9,0 par CGC a atteint 15 millions de dollars, après 6 millions en avril 2024 pour un exemplaire noté 8,5. Sur les 200 000 numéros imprimés en 1938, une centaine tout au plus subsisteraient. Mais en 1938, Siegel et Shuster étaient loin de se douter que leur création allait devenir une des franchises les plus lucratives de l'histoire. Pour approfondir l'histoire d'Action Comics #1 et sa place dans la mythologie Superman, notre guide des BD Superman incontournables présente les albums et numéros essentiels de toute collection.

Trois idées reçues sur les créateurs de Superman

  • Superman est né en juin 1938. Juin 1938 est la date imprimée sur la couverture, une convention d'époque destinée aux marchands de journaux. Action Comics #1 est en réalité arrivé en kiosque le 18 avril 1938 — et le nom « Super-Man » avait déjà servi en 1933, pour un méchant.
  • Le père de Jerry Siegel a été abattu pendant un braquage, et c'est ce qui a donné Superman. Il n'a pas été tué par balle : Mitchell Siegel est mort d'une crise cardiaque le 2 juin 1932, pendant un vol commis dans sa boutique de vêtements de Cleveland. Jerry avait 17 ans.
  • DC a payé 130 dollars et n'a plus jamais rien versé aux créateurs. C'est faux sur la durée : 94 013,16 dollars en 1948 à l'issue du procès, puis 20 000 dollars par an et par personne à partir de 1975, puis des accords avec les héritiers — 25 000 dollars par an à la succession Shuster en 1992, 3 millions de dollars et 500 000 dollars annuels aux héritiers Siegel en 2001. Ce qu'ils n'ont jamais récupéré, c'est la propriété du personnage.

La vente des droits : 130 dollars pour Superman

L'un des épisodes les plus douloureux de l'histoire de la culture populaire américaine : Siegel et Shuster ont cédé les droits de Superman pour 130 dollars :

  • L'accord original (1938) : pour publier Superman dans Action Comics, DC Comics exige la cession complète des droits du personnage. Siegel et Shuster, après cinq ans de refus et de précarité, acceptent. Le prix ? 130 dollars — 10 dollars la page pour treize pages, le tarif ordinaire de l'époque. Le contrat de cession est signé en mars 1938, quelques semaines seulement avant la mise en kiosque du premier numéro
  • Ce qu'ils cèdent sans le savoir : en 1938, personne — ni les éditeurs, ni les créateurs — n'imagine que Superman deviendra un empire multimédia. Les droits cédés comprennent tout : comics, films, jouets, adaptations, marchandises. Des milliards de dollars générés au fil des décennies, sans que les créateurs originaux ne possèdent plus rien du personnage
  • Le contrat léonin : Siegel et Shuster continuent à travailler sur Superman pour DC Comics pendant les années suivantes — mais comme employés, pas comme propriétaires. DC fixe leurs salaires, peut les remplacer, et garde l'intégralité des revenus de la franchise
  • Le premier procès (1947) : après des années de succès croissant de la franchise, Siegel et Shuster attaquent National Comics devant la Cour suprême de l'État de New York, à Westchester. Le 12 avril 1948, le juge tranche : Superman reste à l'éditeur, mais Superboy revient à Siegel seul. Les parties transigent pour 94 013,16 dollars, jugement définitif le 21 mai 1948 — et les deux hommes sont écartés du personnage
📖 Le chiffre n'a rien d'approximatif : la cession de mars 1938 porte bien sur 130 dollars, soit 10 dollars la page pour treize pages. En dollars d'aujourd'hui, cela représente environ 3 000 dollars — une misère au regard des milliards générés depuis.

Cette histoire est devenue le cas d'école par excellence des droits des créateurs dans l'industrie du divertissement. Elle a nourri le débat sur les droits d'auteur et le droit moral des créateurs dans toute l'industrie. Pour comprendre comment Superman s'est développé sans ses créateurs originaux, notre histoire complète de Superman retrace toutes les ères du personnage sous la direction de DC Comics.

Un point mérite d'être rétabli : Siegel et Shuster n'ont pas été dépouillés par surprise. Ils ont signé en connaissance de cause un contrat parfaitement ordinaire pour l'époque. Dans l'édition de comics des années 1930, un auteur vendait des pages, pas des personnages, et la propriété allait à l'éditeur. Ce qui rend leur cas exceptionnel, ce n'est pas la clause : c'est ce qu'elle a fini par valoir.

Le paradoxe suivant est tout aussi instructif. Pendant dix ans, les deux hommes restent les auteurs officiels de Superman et vivent de leur studio de Cleveland, où ils emploient des assistants. Ce n'est donc pas la misère qui les pousse devant le tribunal en 1947, mais l'écart devenu insupportable entre ce qu'ils touchaient et ce que l'éditeur encaissait.

Le combat pour la reconnaissance : des décennies de lutte

Après leur licenciement par DC Comics en 1947, Siegel et Shuster connaissent des années difficiles :

  • Les années de galère : sans Superman, Siegel et Shuster tentent de lancer d'autres personnages. Aucun n'atteint le succès de leur création originale. Ils travaillent pour d'autres éditeurs, sur d'autres séries, avec des succès limités
  • Joe Shuster : sa vue décline jusqu'à la quasi-cécité et les difficultés financières l'obligent à abandonner le dessin. Il s'éteindra le 30 juillet 1992 dans l'ouest de Los Angeles, dans un anonymat presque complet
  • Jerry Siegel : plus combatif, Siegel ne renonce jamais complètement. Il revient même écrire pour DC entre 1959 et 1966 — des récits de Superman et de la Légion des Super-Héros, publiés sans que son nom figure nulle part —, relance l'offensive judiciaire en 1969, et reste la mémoire vivante de l'injustice subie
  • Superman devient une icône mondiale : pendant ce temps, DC Comics et ses propriétaires successifs encaissent les bénéfices colossaux de la franchise Superman — comics, films serials, série radio, puis la série télévisée avec George Reeves, puis des films majeurs

L'ironie la plus cruelle : le personnage que Siegel avait créé en partie pour exprimer son propre désir de puissance et de protection face à la violence (son père était mort d'une crise cardiaque pendant un vol dans sa boutique) lui échappait complètement. L'homme qui avait imaginé un champion invincible de la justice n'avait lui-même aucun pouvoir face aux contrats et aux tribunaux. Pour explorer comment Clark Kent — le personnage inspiré en partie de Siegel lui-même — a évolué, notre article sur Clark Kent retrace toute la dimension humaine du super-héros.

Le créateur de Superman écrivait Superman en anonyme

Entre 1959 et 1966, Jerry Siegel revient travailler pour DC Comics. Il écrit des histoires de Superman et de la Légion des Super-Héros, publiées sans que son nom figure nulle part. L'homme qui avait inventé le personnage le faisait vivre en pigiste, pour la société qui le possédait.

Entre-temps, les deux amis avaient tenté un second héros, Funnyman, chez Magazine Enterprises, à la fin des années 1940 : la série n'a pas pris. Siegel relance la bataille judiciaire en 1969 ; il la perd en première instance, puis en appel en décembre 1974, quand la cour du deuxième circuit reconnaît que Superman n'était pas une œuvre de commande tout en jugeant les droits de renouvellement déjà cédés. Il restait quelques mois avant le retournement de 1975.

La victoire de 1975 : la reconnaissance tardive

En 1975, trois ans avant la sortie en salles du film Superman avec Christopher Reeve, la situation se retourne enfin en faveur de Siegel et Shuster :

  • La campagne de Neal Adams : les dessinateurs Neal Adams et Jerry Robinson organisent une campagne de presse en faveur de Siegel et Shuster. Ils révèlent publiquement que les deux créateurs de Superman vivent dans la gêne pendant que DC Comics s'apprête à encaisser des millions avec le film de 1978
  • La pression publique : la campagne fait l'effet d'une bombe dans l'industrie du comic book et dans les médias grand public. DC Comics et sa maison-mère Warner Bros. se trouvent dans une position intenable
  • L'accord de 1975 : sous la pression, DC Comics accepte un accord : Siegel et Shuster recevront chacun une pension annuelle de 20 000 dollars, une couverture santé, et surtout — leur nom sera désormais mentionné dans toutes les adaptations de Superman avec la mention "Superman created by Jerry Siegel and Joe Shuster"
  • Ce qui reste incomplet : l'accord de 1975 ne leur rend pas les droits sur le personnage. Mais il garantit une reconnaissance officielle et des revenus stables. La pension sera augmentée plusieurs fois au fil des années
📖 Depuis 1975, chaque film Superman, chaque série télévisée, chaque adaptation majeure porte la mention 'Superman created by Jerry Siegel and Joe Shuster'. C'est une victoire symbolique majeure — le nom des créateurs est désormais inséparable de leur création.

Joe Shuster est mort le 30 juillet 1992, Jerry Siegel le 28 janvier 1996. Les deux créateurs ont finalement vécu leurs dernières années dans une relative sécurité financière, avec la reconnaissance de leur contribution historique — même si les droits complets sur Superman n'ont jamais été récupérés. Les batailles juridiques ont continué avec leurs héritiers : le 10 janvier 2013, la cour d'appel du neuvième circuit a jugé que l'accord conclu avec eux en 2001 était définitif et que DC restait propriétaire de Superman et de Superboy.

Superman et l'argent : ce que Siegel, Shuster et leurs héritiers ont réellement touché
Date Ce qui se joue Ce que touchent les créateurs ou leurs héritiers Ce qui reste à l'éditeur
Mars 1938 Contrat de cession signé avec Detective Comics, Inc. 130 dollars (10 dollars la page × 13 pages) La propriété pleine et entière de Superman : comics, presse, radio, cinéma, jouets
12 avril - 21 mai 1948 Jugement du juge Young puis transaction, après le procès ouvert en 1947 à Westchester 94 013,16 dollars pour Superman et Superboy Les deux personnages ; Siegel et Shuster sont écartés
Décembre 1974 Appel de l'action lancée en 1969, devant la cour du deuxième circuit Rien La cour reconnaît que Superman n'était pas une œuvre de commande, mais juge les droits de renouvellement déjà cédés
1975 Accord arraché par la campagne de presse 20 000 dollars de pension par an chacun (relevés par la suite), couverture santé, mention « created by » dans toutes les adaptations La propriété du personnage, inchangée
2 octobre 1992 Accord signé avec la succession Shuster après la mort de l'artiste 25 000 dollars par an Les droits de Shuster
19 octobre 2001 Offre acceptée par les héritiers de Jerry Siegel 3 millions de dollars, 500 000 dollars par an, 6 % de royalties sur Superman et une couverture médicale Les droits, que la justice jugera définitivement transférés par cet échange
10 janvier 2013 Arrêt de la cour d'appel du neuvième circuit Rien de plus La totalité des droits sur Superman et Superboy

Superman comme reflet de la vie de Siegel et Shuster

En connaissant la biographie des créateurs, Superman se lit d'une façon radicalement différente :

  • L'orphelin puissant : Superman perd ses parents biologiques (Jor-El et Lara) sur Krypton, puis ses parents adoptifs (Jonathan et Martha Kent). Siegel a perdu son père pendant un vol dans sa boutique, à 17 ans. Le super-héros invulnérable est aussi un orphelin fragile — comme son créateur
  • L'immigrant qui réussit : Superman est un immigrant (extraterrestre venu de Krypton) qui s'intègre parfaitement dans sa société d'adoption américaine et en devient le champion. Siegel est fils d'immigrants juifs lituaniens ; Shuster, né à Toronto, a une mère venue de Kiev et un père venu de Rotterdam — une dimension migratoire qui colore profondément la création du personnage
  • Clark Kent le timide amoureux : Clark Kent est gauche, timide, amoureux secret de Lois Lane qui ne le remarque pas. C'est la situation exacte de Jerry Siegel adolescent, trop timide pour approcher les filles dont il était amoureux — et qui rêvait qu'un jour il serait reconnu comme un homme extraordinaire
  • Le champion des pauvres : les premiers Superman (1938-1939) défendent les ouvriers exploités, les femmes maltraitées, les prisonniers innocents, les victimes des inégalités. C'est une vision du monde directement issue de la conscience de classe de deux fils d'immigrants pauvres pendant la Grande Dépression

Comprendre Siegel et Shuster, c'est comprendre que Superman n'est pas une fantaisie abstraite — c'est la projection de deux adolescents de Cleveland qui voulaient changer le monde. Le personnage leur ressemble profondément, dans ses forces comme dans ses vulnérabilités.

L'influence de Siegel et Shuster sur l'industrie des comics

Au-delà du personnage de Superman, Siegel et Shuster ont transformé l'industrie culturelle américaine :

  • L'invention du super-héros : ils ont créé le modèle que tous les super-héros suivront — costume reconnaissable, identité secrète, pouvoirs extraordinaires, mission de justice. Batman (1939), Captain America (1941), Wonder Woman (1941), Flash, Green Lantern — tous sont les enfants directs du modèle Superman
  • L'avènement du comic book : avant Superman, le comic book était un format marginal. Après le succès d'Action Comics, DC et ses concurrents ont investi massivement — le comic book devient un média culturel majeur des années 1940
  • La question des droits des créateurs : leur combat a transformé les pratiques de l'industrie. Progressivement, les éditeurs de comics ont mis en place des systèmes de royalties et de crédits pour les créateurs — une révolution culturelle et économique dont tous les auteurs de comics ont bénéficié
  • L'héritage juridique : les batailles de Siegel et Shuster, et plus tard de leurs héritiers, ont contribué à faire évoluer le droit américain sur les oeuvres de commande et les droits moraux des auteurs

Aujourd'hui, quand DC Comics ou Warner Bros. produisent un nouveau film Superman, la mention "created by Jerry Siegel and Joe Shuster" rappelle à chaque spectateur que derrière le super-héros le plus célèbre du monde, il y a deux hommes ordinaires de Cleveland qui avaient un rêve extraordinaire. Pour explorer la collection complète de produits Superman en hommage à ce personnage et à ses créateurs, notre collection de t-shirts Superman et notre sélection vêtements Superman proposent des articles inspirés par près de quatre-vingt-dix ans d'héritage DC Comics.

De Cleveland aux tribunaux : la chronologie Siegel-Shuster

Vers 1930-1931Jerry Siegel et Joe Shuster se rencontrent au lycée Glenville de Cleveland et se lancent ensemble dans un fanzine de science-fiction.
1933« The Reign of the Super-Man » paraît dans leur fanzine : le Super-Man y est un homme ordinaire à qui une drogue expérimentale donne des pouvoirs psychiques, et qui devient tyrannique.
Été 1934La légende veut que Siegel, lors d'une nuit d'insomnie, reformule Superman en héros et coure le lendemain matin tout raconter à Joe Shuster.
Mars 1938Les deux hommes cèdent tous leurs droits sur Superman à Detective Comics, Inc. pour 130 dollars.
18 avril 1938Action Comics #1 arrive en kiosque, couverture datée de juin, tiré à 200 000 exemplaires — qui s'écoulent.
12 avril 1948Le tribunal de Westchester laisse Superman à l'éditeur et attribue Superboy à Siegel ; une transaction de 94 013,16 dollars suit, jugement définitif le 21 mai, et les créateurs sont écartés.
Décembre 1974La cour d'appel du deuxième circuit reconnaît que Superman n'était pas une œuvre de commande, mais confirme la cession des droits de renouvellement.
1975Sous la pression d'une campagne de presse, l'éditeur accorde 20 000 dollars de pension annuelle à chacun, une couverture santé et la mention « created by ».
1992 et 1996Joe Shuster meurt le 30 juillet 1992 dans l'ouest de Los Angeles ; Jerry Siegel le 28 janvier 1996.
10 janvier 2013La cour d'appel du neuvième circuit juge l'accord de 2001 définitif : DC reste propriétaire de Superman et de Superboy.
À retenirSuperman n'a pas été conçu dans un bureau d'éditeur mais dans une chambre de Cleveland, par deux garçons à peine sortis du lycée, et le personnage porte leurs marques jusque dans ses failles : l'orphelin, l'immigré qui s'intègre, le garçon effacé qu'une femme ne remarque pas. La vraie leçon de leur histoire n'est pas qu'on les a volés — le contrat de mars 1938 était banal pour l'époque, et ils l'ont signé en connaissance de cause — mais qu'un usage ordinaire de l'édition est devenu, sous l'effet d'un succès inouï, une injustice insupportable. Ce qu'ils ont fini par arracher en 1975, ce n'est pas la propriété de Superman : c'est une pension, une couverture santé et huit mots imprimés au générique de chaque film. Lire Superman en sachant cela, c'est cesser d'y voir un simple fantasme de puissance pour y reconnaître ce qu'il est aussi : le portrait de deux garçons de la Grande Dépression qui avaient besoin que quelqu'un, quelque part, redresse les torts.

FAQ — Questions fréquentes

Qui a créé Superman ?

Superman a été créé par Jerry Siegel (scénariste) et Joe Shuster (dessinateur), deux adolescents de Cleveland, Ohio. Ils ont conçu le personnage entre 1933 et 1938, avant de le vendre à DC Comics : Action Comics #1 est arrivé en kiosque le 18 avril 1938, sous une couverture datée de juin.

Pour combien Siegel et Shuster ont-ils vendu Superman ?

En mars 1938, Siegel et Shuster ont cédé les droits de Superman pour 130 dollars — soit 10 dollars la page pour treize pages, le tarif standard de l'époque. Une somme dérisoire au regard des milliards générés par la franchise Superman depuis lors.

Ont-ils récupéré leurs droits sur Superman ?

Non — ils n'ont jamais récupéré les droits complets sur Superman. En 1975, sous la pression publique avant la sortie du film Superman (1978), DC Comics leur a accordé une pension annuelle et surtout la mention obligatoire de leur nom dans toutes les adaptations. Les batailles juridiques ont continué avec leurs héritiers jusqu'en 2013.

Que sont devenus Siegel et Shuster ?

Joe Shuster (1914-1992) a connu des difficultés financières et une vue déclinant jusqu'à la quasi-cécité après la fin du procès, en 1948. Il est mort dans l'ouest de Los Angeles, dans un quasi-anonymat. Jerry Siegel (1914-1996) a continué à travailler dans les comics et a mené le combat juridique pour la reconnaissance de leurs droits jusqu'à son décès.

Pourquoi Superman s'appelle-t-il Clark Kent ?

Le prénom Clark est emprunté à Clark Gable, star hollywoodienne des années 1930 ; le patronyme Kent viendrait d'un autre acteur de la même époque, Kent Taylor. L'ensemble forme un nom typiquement américain, anonyme et ordinaire — exactement l'effet recherché pour la double vie du super-héros.

D'où vient l'idée de Metropolis ?

Le nom est repris du film 'Metropolis' de Fritz Lang (1927), que Siegel et Shuster admiraient. Pour la silhouette, Joe Shuster a reconnu s'être inspiré de Toronto, sa ville natale : le quotidien de Clark Kent s'est d'ailleurs d'abord appelé le Daily Star, comme le Toronto Daily Star pour lequel Shuster avait travaillé, avant de devenir le Daily Planet. La ville idéalise la grande métropole américaine des années 1930 — impressionnante, vibrante, mais aussi dure et inégale.

Combien vaut aujourd'hui un exemplaire d'Action Comics #1 ?

En janvier 2026, un exemplaire noté 9,0 par CGC a atteint 15 millions de dollars : c'est le record absolu pour une bande dessinée. Le précédent record datait d'avril 2024, avec 6 millions de dollars pour un exemplaire noté 8,5. Sur les 200 000 numéros imprimés en 1938, une centaine tout au plus subsisteraient, ce qui explique ces montants.

Siegel et Shuster ont-ils retravaillé pour DC Comics après leur éviction ?

Oui, mais dans l'ombre. Jerry Siegel est revenu écrire pour DC de 1959 à 1966 — des histoires de Superman et de la Légion des Super-Héros — sans que son nom apparaisse dans les pages. Joe Shuster, lui, ne dessinait presque plus : sa vue déclinait vers la quasi-cécité, et il avait abandonné la planche.

Conclusion

Jerry Siegel et Joe Shuster sont les vrais super-héros de l'histoire de Superman — deux jeunes hommes ordinaires qui ont créé quelque chose d'extraordinaire avec presque rien, et qui ont dû se battre toute leur vie pour que leur nom soit associé à leur création. Leur histoire est à la fois une leçon d'injustice et une leçon d'espoir : l'injustice du système économique qui a exploité leur création, l'espoir de la reconnaissance tardive et de l'héritage durable. Chaque fois que vous portez le logo Superman, regardez un film DC, ou lisez un comic book, vous rendez hommage sans le savoir à deux adolescents de Cleveland qui avaient un rêve. Pour explorer l'héritage qu'ils ont créé, notre histoire complète de Superman vous plonge dans près de quatre-vingt-dix ans d'un univers qui a commencé dans une chambre d'adolescent à Cleveland, Ohio, en 1933. ↑ Retour en haut

À lire aussi

Dans la boutique

Retour au blog

Laisser un commentaire